APOLLODORE

Le retour des Grecs dans leur patrie : Démophon, Podalirios, Amphilochos, les Locriens.

Ugo Bratelli, 2003

Épitomé, VI, 16-22

VI, 16. C’est avec peu de navires que Démophon aborda dans le territoire des Thraces Bisaltes. Phyllis, la fille du roi, tomba amoureuse de lui ; son père la donna en mariage à Démophon, avec son royaume pour dot. Mais Démophon voulut retourner dans sa patrie ; après avoir juré, et juré encore de revenir, il partit. Phyllis l’accompagna jusqu’au lieu dit des « Neuf routes », et lui remit un coffret en lui disant qu’il contenait un objet consacré à la Mère des dieux, Rhéa, et en lui conseillant de ne pas l’ouvrir tant qu’il conserverait l’espoir de revenir auprès d’elle.

VI, 17. Démophon arriva à Chypre, et s’y établit. Le délai d’attente passé, Phyllis maudit Démophon et se tua. Démophon ouvrit le coffret : frappé de terreur, il sauta sur son cheval, s’élança à bride abattue et mourut : car le cheval fit une chute et Démophon, désarçonné, tomba sur son épée. Ses compagnons s’établirent à Chypre.

VI, 18. Podalirios se rendit à Delphes et demanda au dieu où s’établir ; l’oracle lui répondit de s’installer dans la ville où, si le ciel tombait, il ne subirait aucun dommage. Il s’établit en Chersonèse de Carie, en un lieu entouré par les montagnes sur tout le cercle de l’horizon.

VI, 19. Amphilochos, le fils d’Alcméon, qui, au dire de certains, arriva à Troie sur le tard, fut poussé par une tempête chez Mopsos. On raconte qu’ils se battirent en duel pour le royaume, et qu’ils s’entre-tuèrent.

VI, 20. C’est à la suite de bien des vicissitudes que les Locriens atteignirent leur patrie ; et trois ans plus tard, un malheur s’abattit sur la Locride. L’oracle leur répondit qu’ils devaient apaiser Athéna à Ilion, en envoyant deux vierges suppliantes, et ce, pendant mille ans. Les premières tirées au sort furent Périboéa et Cléopâtra.

VI, 21. Quand elles arrivèrent à Troie, poursuivies par les habitants, elles trouvèrent refuge dans le sanctuaire. Elles ne s’approchaient pas de la déesse ; elles balayaient et lavaient le sanctuaire ; elles ne sortaient pas du temple, elles avaient la tête rasée, elles étaient vêtues d’une tunique et marchaient pieds nus.

VI, 22. À la mort des deux premières, d’autres furent envoyées : c’est de nuit qu’elles pénétraient dans la ville, pour ne pas être tuées si elles étaient aperçues hors du sanctuaire. Plus tard, les Locriens envoyèrent aussi des nouveau-nés avec leurs nourrices. Mais après mille années, après les guerres de Phocide, les Locriens cessèrent d’envoyer des suppliantes.