APOLLODORE

Les travaux d'Héraclès

Ugo Bratelli, 2001

Livre II, 5, 1-12

II, 5, 1. Sachant cela, Héraclès se rendit à Tirynthe, et accomplit tout ce qu'Eurysthée lui ordonna. Le premier travail qui lui fut imposé fut de rapporter la peau du lion de Némée, une bête féroce et invulnérable, née de Typhon. Ainsi Héraclès s'en alla affronter le lion et gagna Cléones, où il fut l'hôte d'un ouvrier agricole, Molorchos. Ce jour-là, ce dernier s'apprêtait à offrir une victime en sacrifice, mais Héraclès lui dit d'attendre trente jours : s'il revenait sain et sauf de la chasse, Molorchos devrait sacrifier à Zeus Sauveur ; et si au contraire il périssait, Molorchos devrait offrir le sacrifice à Héraclès, en tant que héros. Arrivé à Némée, Héraclès suivit les traces du lion et commença à le frapper avec ses flèches ; mais il comprit immédiatement qu'il était invulnérable : aussi mit-il sa massue sur son épaule, et le suivit-il. Le lion se réfugia dans une grotte à deux entrées. Héraclès en condamna une et entra par l'autre ; il s'approcha du fauve, le saisit au cou et l'immobilisa ; et il lui serra si fort la gorge qu'il mourut étouffé. Puis il souleva le lion sur ses épaules et retourna à Cléones. Là, il rencontra Molorchos qui, parce que c'était le dernier jour, s'apprêtait à accomplir le sacrifice en l'honneur d'Héraclès mort ; tous deux sacrifièrent à Zeus Sauveur. Ensuite Héraclès porta le lion à Mycènes. Eurysthée, terrifié par la force du héros, lui interdit dès lors l'entrée de sa ville : les résultats de ses exploits devraient dorénavant être exposés devant les portes. On dit aussi qu'Eurysthée, trop effrayé, s'était caché dans une jarre de bronze, qu'il avait fait apprêter sous la terre. Et ses ordres, pour les autres exploits d'Héraclès, il les donna de cet endroit, par la voix du héraut Coprée, le fils de Pélops l'Éléen. Coprée avait tué Iphitos : exilé, il avait gagné Mycènes ; purifié par Eurysthée, il s'était établi dans la cité.
II, 5, 2. Son deuxième travail fut de tuer l'Hydre de Lerne. Ce monstre vivait dans les marais de Lerne, mais souvent il s'aventurait dans la plaine et ravageait le bétail et la campagne. Il avait un corps énorme hérissé de neuf têtes : huit d'entre elles étaient mortelles, mais celle du milieu était immortelle. Héraclès monta sur le char guidé par Iolaos ; il arriva à Lerne, il arrêta les chevaux, et trouva l'Hydre sur une colline non loin de la source Amymoné, où elle avait sa tanière. Alors Héraclès décocha des flèches enflammées à l'intérieur, contraignant l'hydre à sortir : à peine fut-elle dehors qu'il lui sauta dessus et l'immobilisa. Mais aussitôt elle s'entortilla autour d'une de ses jambes et l'enserra. Héraclès commença alors à fracasser ses têtes avec sa massue ; sans résultat, parce que pour chaque tête tranchée deux nouvelles surgissaient. Et, venant à l'aide de l'hydre, arriva un crabe d'une grandeur épouvantable, qui mordit le pied d'Héraclès. Après l'avoir tué, le héros lui aussi demanda l'aide d'Iolaos ; ce dernier mit le feu à un buisson et, à l'aide de tisons ardents, il empêchait les neuf têtes de repousser, en brûlant la chair à la base des têtes coupées. De cette façon Héraclès réussit vaincre les neuf têtes, et à trancher également celle qui était immortelle. : puis il l'enterra et plaça dessus une lourde pierre, non loin de la route qui de Lerne mène à Éléonte. Quant au corps de l'hydre, il en fit des morceaux et il trempa ses flèches dans le sang de la bête. Mais Eurysthée dit ensuite qu'on ne pouvait pas prendre en compte cet exploit, parce qu'il avait tué l'hydre avec l'aide d'Iolaos, et non tout seul.

II, 5, 3. Le troisième travail consista à rapporter vivante à Mycènes la biche de Cérynie, qui vivait alors à Onoé [en Argolide]. C'était une biche aux cornes d'or consacrée à Artémis. Comme il ne voulait ni la blesser et encore moins la tuer, Héraclès la pourchassa une année entière. Finalement, la biche, épuisée par la poursuite, se réfugia sur le mont Artémision ; c'est là, alors qu'elle s'apprêtait à franchir le lac Ladon, qu'Héraclès l'attrapa ; il la chargea sur ses épaules et gagna rapidement l'Arcadie. Mais Artémis et Apollon le rencontrèrent sur leur chemin. Artémis lui enleva la biche des épaules et l'accusa d'avoir voulu tuer un animal sacré. Héraclès se confondit en excuses, précisant que c'était nécessaire, en ajoutant qu'Eurysthée était le coupable. De cette façon, la colère de la déesse s'apaisa et le héros put porter la biche encore vivante à Mycènes.

II, 5, 4. Pour son quatrième travail, Héraclès devait ramener vivant le sanglier d'Érymanthe, une bête qui dévastait Psophis, lorsqu'il déboulait de la montagne appelée Érymanthe. Comme il traversait Pholoé, Héraclès rencontra le Centaure Pholos, le fils de Silène et d'une Nymphe mélienne. Pholos offrit à Héraclès de la viande rôtie alors que lui la mangeait crue. Quand ensuite Héraclès demanda du vin, il répondit qu'il n'avait pas le coeur d'ouvrir la jarre, vu qu'elle appartenait à la communauté des Centaures. Mais Héraclès lui donna du courage et Pholos ouvrit la jarre. Peu après, ayant senti l'odeur du vin, les autres Centaures arrivèrent à la caverne de Pholos, armés de pierres et de bâtons. Les premiers qui osèrent se précipiter à l'intérieur furent Anchios et Agrios, mais Héraclès les repoussa, en leur jetant des tisons ardents ; quant aux autres, il les prit pour cibles avec ses flèches, et il les pourchassa jusqu'à Malée. Là, ils se réfugièrent auprès de Chiron, que les Lapithes avaient chassé du Pélion, et qui à présent habitaient non loin de Malée. Les Centaures se pelotonnèrent derrière lui et Héraclès les visa, mais une flèche traversa le bras d'Élatos et se planta dans le genou de Chiron. Affligé, Héraclès se porta auprès de Chiron, ôta la flèche et appliqua sur la plaie les médecines que Chiron lui-même lui avait données. Mais la blessure était incurable, et Chiron se retira dans sa grotte. Il désirait mourir, ce qui était impossible, puisque par nature il était immortel. Alors Prométhée demanda à Zeus qu'il pût devenir immortel à la place de Chiron, et ainsi celui-ci put-il mourir. Les Centaures rescapés s'enfuirent dans toutes les directions : certains gagnèrent le mont Malée, Eurytion alla à Pholoé, et Nessos au fleuve Événos. D'autres furent accueillis à Éleusis par Poséidon, qui les cacha dans les montagnes. Pholos, entre-temps, avait extrait d'un cadavre une des flèches d'Héraclès, et s'étonna qu'une si petite chose ait pu tuer des créatures si grandes. Mais la flèche lui échappa des mains, le blessa à un pied et le tua immédiatement. Revenu à Pholoé, Héraclès vit Pholos mort : il l'enterra, puis il reprit la chasse au sanglier. Par ses cris, Héraclès réussit à le débusquer ; il le poussa, épuisé, dans la neige haute, l'attacha et le porta à Mycènes.

II, 5, 5. Son cinquième travail consista à nettoyer du fumier, en un seul jour, toutes les étables d'Augias. Augias était roi d'Élis, fils d'Hélios selon les uns, ou de Poséidon selon les autres, ou bien, selon d'autres encore, de Phorbas. Il possédait de très grands troupeaux de bétail. Héraclès alla le voir et, sans lui révéler l'ordre d'Eurysthée, il lui dit qu'en un seul jour il nettoierait tout le fumier si Augias lui donnait la dixième partie du bétail. Et le roi, considérant l'entreprise impossible, lui donna sa parole. Héraclès prit à témoin Philée, le fils d'Augias ; puis il ouvrit une brèche dans l'enclos des étables, dévia le cours des deux fleuves voisins, l'Alphée et le Pénée, et, après avoir ouvert une autre brèche afin que l'eau puisse s'évacuer, il canalisa leurs eaux vers l'intérieur des étables. Il révéla alors à Augias qu'il avait accompli cette entreprise sur l'ordre d'Eurysthée ; le roi refusa de lui donner la rémunération convenue, niant même la lui avoir jamais promise, et il déclara qu'il était tout à fait prêt à aller devant les tribunaux. Face aux juges, Héraclès appela Philée afin qu'il témoigne contre son père, et le jeune homme confirma que la rémunération lui était due. Augias, furieux, avant même que le verdict ne fût émis, ordonna à Héraclès et à Philée de quitter l'Élide. Philée, alors, gagna Doulichion et s'y établit ; tandis qu'Héraclès se rendit à Olénos, auprès du roi Dexaménos. Il le trouva sur le point de donner en mariage, contre sa volonté, sa fille Mnésimaché au Centaure Eurytion. Alors le roi demanda l'aide d'Héraclès, et le héros tua Eurytion comme il rejoignait son épouse. Par la suite, Eurysthée refusa de prendre en compte ce travail, prétextant qu'il l'avait accompli pour de l'argent.
II, 5, 6. Le sixième travail consista à chasser les oiseaux de Stymphale. Non loin de la cité de Stymphale, en Arcadie, il y avait un marais appelé Stymphale, entouré d'une épaisse forêt. S'y étaient réfugiés quantité d'oiseaux, par crainte des loups. Héraclès se trouvait dans l'impossibilité de les faire sortir de la forêt ; alors Athéna lui donna des castagnettes de bronze qu'elle avait reçues d'Héphaïstos. Le héros monta sur une colline surplombant le marais, et agita les castagnettes : les oiseaux, effrayés, ne supportèrent pas le terrible grondement, et prirent leur envol. Ainsi Héraclès put-il finalement les tuer avec ses flèches.

II, 5, 7. Le septième travail consista à capturer le taureau de Crète. Acousilaos soutenait qu'il s'agissait du taureau envoyé par Zeus pour transporter Europe ; d'autres au contraire prétendent qu'il s'agissait de celui que Poséidon avait envoyé de la mer quand Minos promit de sacrifier au dieu ce qui viendrait de l'océan. Selon la légende, quand Minos vit la beauté de ce taureau, il l'enferma dans ses étables et en sacrifia un autre à Poséidon ; et le dieu, en colère, le fit devenir sauvage. Héraclès, donc, gagna la Crète pour ce taureau ; il demanda l'aide de Minos mais le roi lui répondit qu'il devait l'affronter tout seul. Héraclès le captura et le porta à Eurysthée, mais celui-ci, par la suite, le libéra. Le taureau s'en alla errant vers Sparte, puis à travers toute l'Arcadie ; il traversa l'isthme et gagna Marathon, en Attique, où il causa de grands dommages aux habitants de la région.

II, 5, 8. Le huitième travail consista à porter à Mycènes les juments du roi de Thrace Diomède. Ce dernier était le fils d'Arès et de Cyrène, et régnait sur les Bistones, un peuple de Thrace très belliqueux, et il possédait des juments anthropophages. Héraclès mit à la voile avec une équipe de volontaires, attaqua les gardiens des écuries, et mena les juments sur la plage. Mais les Bistones prirent les armes et les poursuivirent. Alors Héraclès confia les juments à Abdéros. Celui-ci était le fils d'Hermès ; originaire d'Oponte en Locride, il était aimé d'Héraclès. Mais les juments le mirent en pièces et le dévorèrent. Entre-temps, Héraclès avait défait les Bistones, tué Diomède et contraint à la fuite les survivants. Après avoir fondé la cité d'Abdéra près de la tombe d'Abdéros, le héros amena les juments à Eurysthée. Mais celui-ci ensuite les libéra, et les juments gagnèrent le mont Olympe, où elles furent dévorées par les bêtes sauvages.

II, 5, 9. Le neuvième travail consista à rapporter la ceinture d'Hippolyté. Hippolyté était la reine des Amazones ; elles habitaient près du fleuve Thermodon, c'était un peuple vraiment valeureux à la guerre. Ces femmes s'exerçaient à des travaux masculins, et si par hasard l'une d'elles avait une relation avec un homme et restait enceinte, elles élevaient uniquement les filles ; elles se coupaient le sein droit, pour n'être pas entravées dans le maniement des armes, et conservaient le gauche pour pouvoir allaiter. Hippolyté avait reçu la ceinture d'Arès, en signe de sa supériorité sur toutes les autres. Héraclès avait été envoyé pour prendre cette ceinture, pour la donner à Admète, la fille d'Eurysthée, qui la voulait. Il prit la mer avec une équipe de volontaires, sur un seul navire, et aborda sur l'île de Paros où habitaient les enfants de Minos : Eurymédon, Chrysès, Néphalion et Philolaos. Mais deux des compagnons d'Héraclès, ayant débarqué, furent tués par les fils de Minos. Alors le héros, irrité, les tua sur l'heure, et prit d'assaut les autres habitants à l'intérieur de la ville, jusqu'à ce qu'ils lui envoient une ambassade avec la proposition de choisir deux hommes qui lui conviendraient, en échange de ses deux compagnons qui avaient été tués. Héraclès leva le siège, et choisit Alcéos et Sthénélos, les fils d'Androgée, fils lui-même de Minos. Ensuite il partit et arriva en Mysie, où il fut l'hôte de Lycos, le fils de Dascylos. Pour le remercier de son hospitalité, le héros aida Lycos dans sa guerre contre le roi des Bébryces : nombreux furent ceux qui moururent de la main d'Héraclès, le roi Mygdon lui-même, frère d'Amycos. Il offrit un vaste territoire à Lycos, soustrait aux Bébryces : et la région tout entière fut appelée Héraclée.

Quand finalement le héros jeta l'ancre dans le port de Thémycire, Hippolyté vint lui rendre visite : la reine s'informa du but de sa mission, et lui promit la ceinture. Mais Héra, déguisée en Amazone, parcourait la ville, en disant que des étrangers étaient arrivés avec l'intention d'enlever la reine. Alors les Amazones s'armèrent, prirent leurs montures et galopèrent vers les navires. Quand il les aperçut en ordre de bataille, Héraclès soupçonna une trahison : il tua Hippolyté, il lui arracha la ceinture et, après avoir mis en déroute toutes les autres, il appareilla pour Troie.

En ces jours, la cité était affligée par un grave fléau, à cause de la colère d'Apollon et de Poséidon. Les deux dieux, en effet, pour mettre à l'épreuve l'outrecuidance du roi Laomédon, avaient pris l'apparence de deux mortels, et s'étaient accordés avec lui de fortifier les murs de la citadelle de Pergame, en échange d'une rétribution. Mais quand ensuite ils eurent achevé le travail, Laomédon refusa de les payer. Alors Apollon envoya une épidémie et Poséidon un monstre marin ; ce dernier, sortant des eaux avec la marée, s'aventurait sur la terre ferme et causait des ravages parmi les hommes. Les oracles avaient révélé que ce grand malheur prendrait fin si Laomédon exposait sa fille Hésioné en pâture au monstre : aussi la jeune fille était-elle enchaînée à un rocher près de la mer. Héraclès vit la jeune fille exposée sur le rocher, et promit qu'il la libérerait si Laomédon lui cédait les juments que Zeus lui avait données en échange de l'enlèvement de Ganymède. Laomédon lui donna sa parole, Héraclès tua le monstre et sauva la jeune fille. Mais le roi refusa de lui donner la rétribution promise : alors Héraclès menaça de faire la guerre à Troie, puis il repartit.

Arrivé à Ainos, il reçut l'hospitalité du roi Poltys. Alors qu'il s'apprêtait à reprendre la mer, sur la plage d'Ainos il frappa et tua l'insolent Sarpédon, fils de Poséidon et frère de Poltys. Il débarqua ensuite à Thasos, soumit les Thraces qui y habitaient et la donna à coloniser aux fils d'Androgée. De Thasaos il arriva à Torone : là, Polygonos et Télégonos, les deux fils de Protée, fils lui-même de Poséidon, le défièrent en duel, et Héraclès les tua tous les deux. Il arriva finalement à Mycènes et remit la ceinture à Eurysthée.

II, 5, 10. Le dixième travail imposé à Héraclès fut de capturer les boufs de Géryon dans l'île d'Érythie. Cette dernière se trouve en bordure d'Océan et son nom actuel est Gadir. L'île était habitée par Géryon, le fils de Chrysaor et de Callirhoé, elle-même fille d'Océan. Son corps était celui de trois hommes qui auraient grandi ensemble, réunis jusqu'à la taille, puis séparés en trois flancs, au niveau des cuisses et jusqu'en haut. Il avait des boufs roux, dont s'occupait Eurytion et que gardait Orthros, le chien à deux têtes, né d'Échidna et de Typhon. Dans sa traversée de l'Europe pour capturer les boufs de Géryon, Héraclès tua de nombreuses bêtes féroces. Il passa par la Libye et arriva à Tartessos ; là, pour marquer son passage, il érigea deux colonnes, l'une en face de l'autre, comme frontières entre l'Europe et la Libye. Puis, comme au cours de son trajet le soleil le brûlait, il menaça le dieu avec son arc : et le Soleil, plein d'admiration pour le courage de cet homme, lui donna sa coupe d'or pour traverser l'Océan. Arrivé à Érythie, Héraclès grimpa sur le mont Abas. Mais le chien, s'étant aperçu de sa présence, se précipita sur lui. Héraclès alors l'assomma avec sa massue, puis il tua le bouvier Eurytion qui était venu au secours du chien. Ménoetès, qui faisait paître non loin les troupeaux d'Hadès, rapporta à Géryon ce qui venait d'arriver. Et Géryon s'en alla affronter Héraclès près du fleuve Anthémos, alors que le héros emmenait déjà le bétail. Ils en vinrent aux mains et Géryon fut mortellement frappé. Héraclès fit avancer les bêtes dans la coupe du Soleil, et arriva à Tartessos où il la restitua au dieu.

Après être passé par le territoire d'Abdéra, Héraclès arriva en Ligurie où Ialébion et Dercynos, deux fils de Poséidon, cherchèrent à lui voler son bétail. Mais le héros les tua, puis il descendit le long de la côte tyrrhénienne. À Rhégium, un taureau s'échappa, courut se jeter dans la mer et nagea jusqu'en Sicile. Il traversa toute la région et parvint jusqu'au royaume d'Éryx, le roi des Élymes, fils de Poséidon, qui unit le taureau à ses vaches. Héraclès confia son troupeau à Héphaïstos, se lança à la recherche du taureau et le trouva au milieu des bêtes d'Éryx. Le roi lui déclara qu'il le lui rendrait uniquement si Héraclès parvenait à le battre dans un combat aux poings. Le héros sortit vainqueur à trois reprises, tua Éryx, récupéra le taureau et se remit en route avec ses bêtes vers la mer ionienne. Mais quand il arriva aux criques, Héra envoya un taon tourmenter les bêtes, qui se dispersèrent vers les montagnes thraces. Héraclès les suivit, réussit à en rassembler la plus grande partie, et les mena vers l'Hellespont. Celles qu'il ne put pas trouver retournèrent à l'état sauvage. Avec son troupeau ainsi péniblement rassemblé, Héraclès se retrouva devant le fleuve Strymon, ce qui le contraria. Alors il remplit de rochers son lit et ses eaux ne furent plus navigables. Enfin, il mena les boufs à Eurysthée qui les sacrifia à Héra.

II, 5, 11. Le héros accomplit ces exploits en huit ans et un mois. Mais Eurysthée, n'ayant pas retenus valables ceux de l'Hydre et des étables d'Augias, imposa encore un travail à Héraclès, le onzième : le héros devrait lui apporter les pommes d'or du jardin des Hespérides. Ce dernier se trouvait, non comme certains l'ont dit, en Libye, mais bien sur le mont Atlas, au pays des Hyperboréens, et c'était le cadeau de noces offert par Gaia à Zeus et à Héra. Un dragon immortel en avait la garde, fils de Typhon et d'Échidna, qui avait cent têtes et qui savait parler avec les voix les plus variées et sur tous les tons. Les Nymphes des Hespérides montaient également la garde : Églé, Érythie, Hespérie et Aréthuse. Chemin faisant, Héraclès arriva au fleuve Échédoros où Cycnos, fils d'Arès et de Pyrène, le défia en duel : Arès en personne se rangea aux côtés de Cycnos, et dirigea le combat. Mais la foudre s'abattit entre eux et l'affrontement fut interrompu. Héraclès poursuivit sa route vers le pays des Illyriens, jusqu'au fleuve Éridan, où il trouva les Nymphes, filles de Zeus et de Thémis. Elles lui indiquèrent le lieu où dormait Nérée. Héraclès le saisit dans son sommeil et le ligota, même si Nérée continuait de prendre mille formes différentes, et il ne le lâcha pas tant qu'il ne lui eut pas révélé où trouver les pommes des Hespérides. Ainsi le héros s'achemina-t-il vers la Libye. En ce temps-là, sur ce pays régnait Antée, le fils de Poséidon, qui avait l'habitude de contraindre à la lutte tous les étrangers, pour les tuer. Aussi obligea-t-il Héraclès : mais le héros l'empoigna, le souleva de terre, lui cassa les os et le tua. Chaque fois en effet qu'il touchait terre, Antée devenait toujours plus fort parce que - si l'on en croit certains - il était le fils de la Terre elle-même.

La Libye traversée, Héraclès arriva en Égypte. Le roi de cette contrée était Busiris, le fils de Poséidon et de Lysianassa, fille elle-même d'Épaphos. Busiris sacrifiait tous les étrangers sur l'autel de Zeus, conformément à une prophétie. Depuis neuf ans, en effet, l'Égypte était ravagée par la famine, et Phrasios, un savant prophète, arrivé de Chypre, lui avait prédit que la disette prendrait fin si chaque année il sacrifiait à Zeus un étranger. Le premier à être égorgé fut le devin lui-même ; et puis il continua avec tous les étrangers qui se présentaient. Héraclès lui aussi fut capturé et mené sur l'autel ; mais le héros rompit les cordes qui le liaient, et tua Busiris avec son fils Amphidamas.

Puis il traversa l'Asie et arriva à Thermydron, le port de Lindos. Là, il détacha l'un des deux taureaux du char d'un bouvier, le sacrifia et s'en fit un festin. Le bouvier ne put faire autrement que de fuir vers le sommet d'une montagne et maudire Héraclès de loin. Et, en souvenir de cet épisode, les habitants de Lindos accomplissent des sacrifices en prononçant des malédictions.

Le héros traversa ensuite l'Arabie, où il tua Émathion, le fils de Tithon ; il poursuivit son chemin vers la Libye, vers la mer extérieure où il emprunta à Hélios sa coupe. Ainsi passa-t-il de l'autre côté ; il aborda sur la terre ferme d'en face. Ayant rejoint les montagnes du Caucase, il tua avec ses flèches l'aigle, fils d'Échidna et de Typhon, qui dévorait le foie de Prométhée ; puis Héraclès le libéra, après s'être fait une couronne d'olivier, et présenta à Zeus le Centaure Chiron qui voulait mourir à la place de Prométhée.

Prométhée avait conseillé à Héraclès de ne pas cueillir les pommes avec ses mains, mais de soulager Atlas du poids du ciel, et de l'envoyer à sa place. Arrivé au pays des Hyperboréens, donc, le héros convainquit Atlas et soutint le ciel à sa place. Atlas cueillit trois pommes du Jardin des Hespérides, et les porta à Héraclès. Ensuite il ne voulut plus reprendre le ciel sur ses épaules. Héraclès alors le pria de lui accorder le temps de mettre autour de sa tête un bandeau pour porter ce poids ; Atlas déposa les pommes à terre et accepta de soutenir le ciel un moment encore : Héraclès s'empara les pommes et s'enfuit. Il y a en a qui affirment que ce ne fut pas Atlas qui lui apporta les pommes : le héros les aurait cueillies lui-même, après avoir tué le serpent-gardien. Puis il les porta à Eurysthée qui en fit cadeau au héros lui-même. Héraclès les donna ensuite à Athéna, mais la déesse les restitua aux Hespérides, parce qu'il n'était pas permis, de par la loi divine, que les pommes se trouvent dans un autre endroit.

II, 5, 12. Comme douzième travail, il lui fut imposé de ramener Cerbère de l'Hadès. Cerbère avait trois têtes de chien, une queue de dragon et toute la longueur de son dos était hérissée de têtes de serpents de toutes espèces. Pour se préparer à cette entreprise, Héraclès se rendit à Éleusis, auprès de Mélampous, afin d'être initié aux mystères. Or, en ce temps-là, l'initiation n'était pas accordée aux étrangers ; aussi, pour cette raison, Héraclès dut-il se faire adopter par Pylios. Et, de surcroît, il ne pouvait pas assister aux mystères parce qu'il n'avait pas été purifié après le meurtre des Centaures. Eumolpos le purifia, et finalement Héraclès fut initié. Ayant atteint le cap Ténare, en Laconie, là où s'ouvre le passage pour descendre dans l'Hadès, Héraclès s'y engagea et descendit. Quand les âmes le virent, elles s'enfuirent toutes, excepté Méléagre et la Gorgone Méduse. Alors Héraclès sortit son épée, comme si la Gorgone avait été vivante, mais Hermès l'avertit qu'il ne s'agissait là que d'un vain fantasme. Arrivé près de la porte de l'Hadès, il trouva Thésée et Pirithoos, celui qui avait aspiré à la main de Perséphone ; c'est pourquoi ils étaient à présent prisonniers. Dès qu'ils virent Héraclès, ils tendirent aussitôt les mains vers lui, dans l'espoir que sa force pourrait les délivrer. Le héros réussit à prendre Thésée par la main et à le mettre debout ; mais, alors qu'il tentait de relever Pirithoos, la terre trembla, et il dut lâcher prise. Puis il fit rouler la pierre qui écrasait Ascalaphos. Et pour offrir un sacrifice de sang aux âmes, il égorgea une bête du troupeau d'Hadès. Mais leur gardien, Ménétès, fils de Ceuthonymos, le défia à la lutte. Héraclès aussitôt le maintint fermement par la taille et lui brisa les côtes. Perséphone alors intercéda en sa faveur et Héraclès le laissa aller. Il parla ensuite à Hadès de Cerbère et le dieu lui permit de l'emmener, à la condition qu'il le vainque sans armes. Héraclès le trouva près des portes de l'Achéron : protégé par sa cuirasse et recouvert de sa peau de lion, il lui mit les mains autour du cou et ne bougea plus jusqu'à ce que la bête, suffoquant, tombe à terre. Héraclès alors la prit, et remonta non loin de Trézène. Déméter, ensuite, transforma Ascalaphos en hulotte. Héraclès montra Cerbère à Eurysthée puis le ramena dans l'Hadès.