GRAZIA DELEDDA

Légendes de Sardaigne

Traduction d'Ugo Bratelli, Janvier 2003

Il diavolo cervo

Nei monti di Oliena, nei contrafforti calcarei dai picchi acuti di un azzurro latteo che si confonde col cielo, esistono grandi crepacci - ricordi di antichissime convulsioni vulcaniche - di alcuni dei quali non si distingue il fondo. Vengono chiamati sas nurras, e volgarmente si crede che siano misteriose comunicazioni dell'inferno col mondo. Di là escono i diavoli per scorrazzare sulle bianche montagne in cerca di anime e di avventure. Fra le altre leggende riguardanti le nurras ho trovato questa, molto bizzarra, e, pare, non molto antica.

C'era dunque un pastore di Oliena, molto devoto e pio e perciò malvisto dal demonio che, riuscitegli vane tutte le tentazioni per condurlo al male, si vendicò di lui in questo modo. Nei giorni un po' tranquilli il pastore, affidata la greggia ad un suo compagno, si recava alla caccia del cervo e del muflone su per i monti. Un bel giorno d'inverno, mentre cacciava, vide un magnifico cervo poco distante da lui: lo sparò, e lo ferì leggermente, ma non poté pigliarlo. E si mise ad inseguirlo. Il cervo balzava di rupe in rupe, velocissimo; ma il pastore non meno agile, si teneva sempre sulle sue orme, deciso a ucciderlo. Arrivarono così in cima della montagna. La neve copriva i picchi, le rocce, i precipizi; ma il cacciatore, esperto dei luoghi, continuava la sua caccia senza inciampare in una sola pietra, affascinato dal cervo meraviglioso, bellissimo, le cui corna ramate erano alte più di sei palmi. A un tratto l'animale sparì, improvvisamente, sprofondandosi nella neve.

Il cacciatore raggiunse il posto e si trovò sull'orlo di una nurra spaventosamente profonda.

Il cervo non si vedeva più, ma dal fondo della nurra saliva un'eco tetra di sogghigni infernali. Il misero pastore comprese allora che il cervo era il diavolo in persona e cercò di fuggire, ma la neve su cui posava i piedi sprofondò e prima ch'egli si fosse fatto il segno della croce precipitò nell'immensità dell'abisso...

Il suo compagno lo attese due giorni, ma non vedendolo tornare temé qualche disgrazia e si diede a cercarlo pei monti. Le orme lasciate dal disgraziato sulla neve gli indicarono la triste sua fine. Tornò nel villaggio e presa una grande quantità di corde si avviò con altri tre pastori alla nurra. Là giunti unirono le corde e, legato alle ascelle il compagno del caduto, lo calarono nella nurra. Ma per quanto le corde fossero lunghissime lo strano palombaro non toccò il fondo. I pastori lo trassero e quando egli venne fuori era livido in volto e tremava verga a verga. Un profondo terrore gli sconvolgeva i sentimenti, ma sulle prime non volle rivelarne la causa. Portato sulle spalle dai compagni tornò a casa sua, e appena arrivato fu colto da una febbre violentissima che tre giorni dopo lo condusse alla fossa...

Prima di morire rivelò la causa misteriosa del suo spavento. A misura che scendeva entro la nurra gli appariva sulle pareti scabrose un omino nero con le corna e con una falce in mano. E ogni tanto stendeva questa falce verso la corda minacciando di romperla e di far precipitare il pastore nell'inferno, insieme al suo compagno!

Le diable fait cerf

Dans les montagnes d’Oliena, dans les contreforts calcaires aux pics aigus d’un bleu laiteux qui se confond avec le ciel, il existe de larges crevasses — vestiges de très anciennes convulsions volcaniques — dont certaines paraissent sans fond. On les appelle sas nurras ; la croyance populaire en fait de mystérieuses communications entre l’enfer et notre monde. C’est de là que sortent les diables pour cavalcader sur les blanches montagnes, en quête d’âmes et d’aventures. Parmi les autres légendes sur les nurras, j’ai trouvé celle-ci, très singulière et, semble-t-il, pas très ancienne.

Il y avait donc un berger d’Oliena, plein de dévotion et très pieux, et c’est pourquoi il était mal vu par le démon : toutes ses tentations pour le mener au mal s’étant révélées infructueuses, il se vengea de lui de la manière suivante. En période un peu tranquille, le berger, ayant confié son troupeau à l’un de ses compagnons, se rendait à la chasse au cerf et au mouflon, dans les hauteurs montueuses. Un beau jour d’hiver, tandis qu’il chassait, il vit un cerf magnifique, à peu de distance : il tira, le blessa légèrement, mais ne put l’attraper. Et il se mit à le suivre. Le cerf bondissait de roche en roche, très vite ; mais le berger, non moins leste, se trouvait toujours sur ses traces, résolu à le tuer. C’est ainsi qu’ils parvinrent au sommet de la montagne. La neige recouvrait les pics, les roches et les précipices ; mais le chasseur, qui connaissait bien les lieux, poursuivait sa chasse, sans trébucher sur une seule pierre, fasciné par le cerf très beau, merveilleux, dont les bois cuivrés s’élevaient à beaucoup plus d’un mètre(*). Soudain l’animal disparut, de façon inattendue, dans les profondeurs de la neige.

Le chasseur atteignit l’endroit et se retrouva au bord d’une nurra terriblement profonde.

On ne voyait plus le cerf, mais du fond de la nurra montait un écho lugubre de ricanements infernaux. Le malheureux berger comprit alors que le cerf était le diable en personne, et chercha à fuir ; mais la neige s’effondra sous ses pieds, et, avant qu’il n’eût le temps de faire le signe de la croix, il bascula dans l’immensité de l’abîme.

Son compagnon l’attendit deux jours ; en ne le voyant pas revenir, et redoutant quelque malheur, il partit à sa recherche à travers les montagnes. Les traces laissées sur la neige par le malheureux lui apprirent sa triste fin. Il revint au village ; ayant fait grande provision de cordes, avec trois autres bergers il se dirigea vers la nurra. Là, ils lièrent les cordes bout à bout et, après avoir attaché le compagnon du disparu par les aisselles, ils le descendirent dans la nurra. Quoique les cordes fussent très longues, l’étrange scaphandrier ne toucha pas le fond. Les bergers le remontèrent et, quand il apparut, il était livide et tremblait comme une feuille, l’esprit chaviré par une frayeur intense ; mais il ne voulut pas en révéler la cause tout de suite. Il revint chez lui, sur le dos de ses compagnons ; sitôt arrivé, il fut frappé d’une fièvre très violente qui, trois jours plus tard, le mena au cimetière.

Avant de mourir, il révéla la cause mystérieuse de son effroi. À mesure qu’il descendait à l’intérieur de la nurra, un petit homme noir avec des cornes et une faux apparaissait sur les rudes parois. Et de temps à autre il tendait cette faux vers la corde, menaçant de la couper et de faire tomber le berger dans les enfers, pour rejoindre son compagnon !


*Traduction théorique. "Palmo", sauf erreur, signifie "empan", qui en français est la distance qui sépare le pouce de l'extrémité de l'auriculaire, main ouverte; c'est-à-dire, en moyenne, 20 centimètres. Le "palmo" napolitain vaut 26,367 cm. Six empans équivalent donc à 1,20m/1,50m . D'où ma traduction.