Perse

Choliambes

Notice, notes et traduction de Henri Clouard (1934)

Choliambes sans titre

Ni je n'ai trempé mes lèvres à la source du Cheval, ni je n'ai rêvé, autant qu'il m'en souvienne, sur le Parnasse à la double cime, pour devenir par miracle le poète que je suis ; je laisse les déesses de l'Hélicon et la pâle Pirène à ceux dont le lierre acharné enlace les statues. Moi, c'est en rustre, ou presque, que j'apporte mes vers aux autels des Chantres inspirés. Qui a soufflé au perroquet son Bonjour ? qui enseigna aux pies à essayer notre langage ? Le maître de l'art, le distributeur de talent, c'est le ventre, incomparable dans la chasse aux voix que la nature a refusées. Que luise l'espoir d'un or trompeur : aussitôt les poètes feront les corbeaux, les poétesses feront les pies, et l'on croirait entendre un chant digne du nectar et de Pégase.